JOURNAL

Leica M, une autre manière de photographier

Pendant plus de vingt ans, j’ai photographié avec des reflex. Des appareils efficaces, rapides, rassurants, mais aussi lourds, encombrants, et parfois trop présents entre moi et l’image.

Le passage au Leica M n’a pas seulement été un changement de boîtier. Il a modifié ma manière de photographier.

Avec un Leica M, tout devient plus simple en apparence, mais aussi plus exigeant. Le viseur ne donne presque rien. Pas de profusion d’informations, pas de collimateurs, pas de surenchère technique. Seulement l’essentiel : un cadre, une lumière, une distance, un instant.

Cette sobriété oblige à regarder autrement.

On ne photographie plus seulement un sujet : on photographie une relation entre un sujet, une lumière et un espace.

Le télémétrique impose un rythme différent. Il ralentit. Il demande d’anticiper, d’être plus attentif à l’espace, aux présences, à la place des corps dans la ville.

Photographier avec lui m’a peu à peu éloigné de la recherche de l’image spectaculaire ou purement instantanée. Il m’a conduit vers quelque chose de plus calme, de plus construit, de plus attentif à la vie ordinaire.

À Marseille, cela change tout. La ville n’est plus seulement un décor ou une scène. Elle devient un territoire photographique, fait de murs, de digues, de lumière, de silhouettes, de gestes simples et de distances justes.

La mise au point télémétrique n’est pas difficile seulement parce qu’elle est manuelle ; elle l’est parce qu’elle oblige à être pleinement présent. Au début, cela déstabilise. Puis, peu à peu, cette contrainte devient une liberté.

On cesse de vouloir tout maîtriser immédiatement, et l’on apprend à mieux regarder avant de déclencher.

C’est sans doute pour cela que je continue à travailler avec un Leica M. Non par goût du mythe ou de l’objet, mais parce qu’il correspond à une certaine manière de photographier : une pratique plus lente, plus consciente, plus attentive aux présences humaines dans l’espace de la ville.

Aujourd’hui, je ne vois plus le Leica M comme un appareil à part. Je le vois comme un outil qui m’aide à rester fidèle à ce que je cherche dans la photographie : observer les gestes ordinaires, les silhouettes, la lumière, et cette manière qu’ont les gens d’habiter un lieu, souvent sans le savoir.

À Marseille, c’est devenu pour moi une manière d’être au monde autant qu’une manière de faire des images.